L'oral est une pièce de théâtre où l'acteur doit jouer le rôle attendu

Voici le compte rendu d'un oral 2 du CAFEP présenté en 2017, qui a mis le candidat en difficultés. Bien qu'ayant retrouvé un bon niveau mathématique pour les épreuves écrites, le candidat n'avait pas eu le temps de suffisamment travailler les épreuves orales, et l'oral 2 le fait chuter. Les attentes « pédagogiques » de cet oral font le tri entre les candidats qui acceptent (ou font semblant d'accepter) les options récentes concernant l'enseignement des mathématiques, comme la soi-disant importance de traiter les notions en pluridisciplinarité avec le professeur d'EPS, ou la recherche des seuls points positifs dans les travaux des élèves sans mettre en évidence les erreurs en les montrant de façon simple : la voie détournée est aujourd'hui à l'honneur et brouille systématiquement la communication entre le professeur et ses élèves si on l'applique comme on certains le voudraient. Oui : il faut jouer un rôle quand on passe les oraux, et montrer que l'on est d'accord pour se vautrer dans le moule, même si on continue de réfléchir par soi-même.
Un oral, c'est aussi une pièce de théâtre où il faut jouer le rôle qu'attendent les examinateurs. Soyons donc des acteurs de talent, et préparons les réponses pour faire plaisir à la doctrine en vogue au moment où on passe son concours. Je remercie le candidat pour ce témoignage rare qui permettra aux futurs étudiants de prendre la mesure du danger qui guette au détour des questions « non mathématiques » du jury.
On fera aussi attention aux erreurs de base concernant cette épreuve. Par exemple, ne présenter qu'un exercice quand l'énoncé en demande deux ou trois peut être facilement considéré comme une faute éliminatoire...



Ayant totalement raté l'oral 1 , je me suis présenté à l'Oral 2 sans pressions en essayant d’être naturel. Comme tous les autres candidats, je n'étais pas au top de ma forme, étant convoqué à 6 heures du matin après une mauvaise nuit de sommeil... En attendant l'appel de mon nom, j'ai compris que je n'étais pas du tout préparé. En effet, mes voisins qui suivaient un master MEEF m'ont expliqué qu'ils avaient surtout préparé l'oral 2 en cours et en particulier les questions sur les missions du professeur avec des réponses types apprises par cœur. Pour ma part, j'avais lu vos deux livres « Délires et tendances » et « L'enseignement dans le chaos des réformes... » pour savoir ce qu'il n'aurait surtout pas fallu dire, même si c'est ce que je pense.

Ensuite la préparation de 6 h à 8h30 est passée trop vite et je me suis retrouvé devant le jury a 8h30 sans avoir pu traiter correctement tout le sujet. Je vous joins le sujet.





Dès la fin de le préparation, sans temps d'attente je me présente devant le jury. Je projette le sujet au tableau et démarre mon exposé. Je démarre par la question 2) pour présenter le problème et expliquer l'idée pour sa résolution car je ne voyais pas comment répondre à la question 1) sans avoir présenté et compris le problème. Puis je répond à la question 1) en indiquant les réussites, mais aussi les erreurs de chaque élève, ce qui n'est pas demandé. L'intitulé de la question me laisse perplexe car d'après moi l'élève ne peut pas progresser si l’on n'analyse pas les erreurs.

Je corrige ensuite l'exercice en utilisant GeoGebra pour tracer la courbe de la fonction. J'ai retrouvé l'exercice dans un des manuels de niveau 3ème et je me suis mis au niveau fin de 3ème. Etant très fatigué, je n'ai pas noté que dans l'énoncé il était marqué : « réponse de trois élèves de seconde ».

Pour la question 3) je n'ai proposé qu'un seul exercice donné au brevet que je maîtrisais parfaitement par manque de temps. Je termine dans les temps et attend les questions.

Le jury m'a reproché lourdement de me placer au niveau de la classe de 3ème et non à celui de la classe de seconde, ce qui m'a déstabilisé puisque pour moi c'était un exercice de brevet. Cela a dû compter dans ma mauvaise note, et l'entretien a mal démarré. Pour analyser les « productions » des élèves, c'était assez pénible, car j'étais un peu décalé. Pour moi il fallait aussi parler des erreurs des élèves pour qu'ils puissent progresser.

J'ai ensuite résolu correctement l'exercice mathématiquement mais en montrant quelques difficultés à utiliser GeoGebra.

J'ai présenté mon exercice en m'excusant de ne pas en présenter plus par manque de temps. L'ayant travaillé auparavant avec des élèves, j'ai pu le résoudre proprement sans erreurs.

Je crois que ma prestation n'était pas terrible mais c'est surtout la question finale qui m'a été fatale… On m’a demandé : « Vous devez préparer une activité commune avec le professeur d'EPS, que proposez vous ? ». J'ai répondu qu'après une activité de course à pieds dans un stade on pouvait calculer des vitesses moyennes ou la longueur de la piste. Ma réponse était trop « bateau ». La question suivante était de proposer une activité avec le professeur de dessin. J'ai parlé de figures géométriques mais surtout j'ai rajouté que je me voyais plus faire des activités avec des professeurs de sciences naturelles, ou de physiques, ou de sciences économiques, pour montrer aux élèves les applications immédiates des mathématiques.

Fin de l'entretien : j’ai reçu la note de 2,64 sur 20. Avec le recul, ma prestation n'étais pas bonne (je m'attendais à 8/20) mais je pense que cette note reflète mon décalage par rapport aux attentes du jury car je n' ai pas sorti d'énormités en mathématiques.


(…) L'oral 2 reste problématique pour moi comme pour d'autres candidats. J' ai l'impression qu'il faut jouer la comédie et aller à l'encontre de ma façon d'enseigner.

Commentaires

  1. Bonjour. Ce compte rendu m'interpelle et en particulier les attentes du jury telles que décrites ici. Je suis en train d'étudier les divers sujets 2017, et ce sujet-ci, je le considère pourtant comme un "bon", où précisément il y a des erreurs "intéressantes" à relever et à traiter. Qu'en est-il alors pour les "mauvais" sujets, je m'interroge ... Et il y en a plusieurs mauvais ou très mauvais dans cette session 2017, par exemple celui sur les placements à intérêts (premier jour du CAPES), grotesque et qui décroche le pompon du sectarisme, ou un sur l'optimisation de l'aire d'un triangle, à l'exercice nul et bête, il y a 3 autres sujets dans le collimateur. Tous rédigés par des commissaires politiques de l'idéologie des compétences.

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    1. Si un jour vous rédigez des commentaires sur ces sujets, dans un blog ou ailleurs, cela m'intéresserait de les lire. Je peux aussi en faire part sur le blog de MégaMaths en garantissant l'anonymat.
      Bien à vous,
      djm

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