Reconversion, réussite au CAPES, stage en seconde et retour case départ !

Faire une reconversion, réussir le CAPES maths, puis découvrir la réalité de ce qu'est devenu le métier de professeur en lycée en ce début du XXIe siècle. 

Repartir aussi vite...

Un choc, un stage, des questions...

Je vous laisse découvrir le message que je viens de recevoir : bref mais intense.


MESSAGE 

Reçu ce dimanche 24 avril 2016
Sujet : réforme de l'enseignement / discipline mathématiques

Bonjour, j'ai 51 ans et j'ai passé le capes externe sur  le tard. Je l'ai obtenu à 50 ans. Je viens de France Telecom R&D. Cela s'est très mal passé en seconde et j'ai décidé de retourner à FT au 01/09/16. Globalement je suis d'accord avec vous, les Bac S  ne sont plus scientifiques.

Pour ma part j'ai obtenu le bac C en 1982.

Je ne sais quoi dire : les élèves ne savent plus calculer, il faut être bienveillant avec eux, les évaluer par compétences etc. Moi je vois trois problèmes :

1) La classe de seconde est ouverte à tous et cela créé des problèmes.
2) Le rôle des parents (une pression sur l'école).
3) La mastérisation du CAPES, avec l'anglais et l'informatique imposé : les stagiaires actuels sont très formatés.

J'ai une question : comment pouvez-vous avoir une critique aussi dure des réformes et être prof à 
l'ESPE ? (...)


REPONSE

Bonjour, 

Je pense que vous avez découvert où on en était dans l'enseignement au lycée. Les élèves n'ont pratiquement jamais été orientés et passent de classe en classe avec des lacunes qui rendent tout nouvel apprentissage quasiment impossible. En mathématiques, cette non-sélection rend tout nouvel apprentissage problématique et enfonce les élèves qui pourraient avancer tranquillement et à leur rythme en procédant par paliers. Les problèmes semblent identiques dans les autres disciplines : lettres, langues, sciences physiques, etc. 

De plus, comme le dit René Chiche dans un tweet, l'usage du mot sélection est problématique quand ce mot sert uniquement à vérifier que le niveau acquis permet de poursuivre des études dans de bonnes conditions. Il ne s'agit pas de sélectionner les meilleurs des meilleurs, mais seulement les élèves qui pourront profiter des enseignements de la classe supérieure. Nos pédagogues égalitaristes ne veulent jamais parler de cela. Et l'enseignement en souffre.




La moindre des choses que l'on puisse dire actuellement, c'est que la série S ne s'adresse pas à des scientifiques mais constitue la meilleure série dans laquelle tous les parents d'élèves ont envie de mettre leurs enfants. C'est la série qui offre le plus de débouchés après le baccalauréat. Nos décideurs estiment qu'on aura toujours le temps d'apprendre les sciences plus tard, à l'université. Et à l'université, rebelote : on diminue les enseignements disciplinaires en imposant un tas d'apprentissages périphériques qui viennent plomber la formation scientifique. Actuellement, il faut vivre avec.

Votre réorientation, suivie de la découverte du métier dans une classe de seconde, suivie d'une nouvelle réorientation à l'issue de cette découverte, est exemplaire. Vous le dites bien : les élèves ne savent plus calculer, il faut être bienveillants avec eux, évaluer des compétences... 

Les 3 problèmes que vous voyez sont bien réels, et je vous suis entièrement. Le formatage des nouveaux professeurs a toujours existé, mais s'est toujours exercé avec plus ou moins d'intelligence, en laissant une véritable liberté pédagogique à chacun. Actuellement ce formatage impose violemment certaines conceptions pédagogiques, et empêche bon nombre d'enseignant de fonctionner comme ils pensent être le mieux pour leurs élèves, ce qui laisse augurer d'un avenir particulièrement sombre. Peut-être qu'un jour il y aura une prise de conscience quand on verra l'effet réel sur des cohortes d'élèves. Mais rien n'est moins sûr...

Vous me demandez comment je peux réussir à enseigner à l'ESPE tout en ayant une vision si critique des modes actuelles. Votre question est pertinente...  

La réponse est simple : j'ai été recruté pour préparer des candidats au CAPES maths, et je m'intéresse essentiellement au problème de l'entraînement de ces candidats pour la partie disciplinaire du concours. Quand je dois aller rendre visite à des stagiaires de seconde année, mes observations et mes conseils sont certainement différents de ce que l'on peut s'attendre à entendre actuellement. Cela permet de donner un autre son de cloche et libérer (un peu) les possibles...

Bien à vous.


Appel à témoignages : si vous avez une expérience à partager, contactez-moi ! Tous ces vécus permettent de cerner la situation réelle dans l'enseignement et peut-être mieux comprendre ce qui arrive... Parlons-en !

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