Epreuves orales : j'ai une phobie de la prise de parole en public...

Un Mégamathien vient d’apprendre son admissibilité à l’agrégation interne, mais panique devant les épreuves orales. Je le comprends parfaitement, car moi aussi j’avais paniqué à l’époque, et c’est tout à fait normal. Voici sa question et la réponse que je tente de donner :


QUESTION

A quoi servent les épreuves orales ? J'ai une phobie de la prise de parole en public et lors de mon CAPES mon stress a failli me faire échouer. Mais il s'agissait de l'externe et de la permission d'intégrer un métier où l'oral est important. Jusqu'à présent je reste stressé en face de mes élèves mais j'ai des stratégies de compensation pour que cela se passe bien pour eux (et moi). Que cherche-t-on à évaluer concrètement lors d'un oral de l'agrégation interne ? Là je suis admissible par surprise (ayant été inscrit gentiment « de force ») et je me retrouve bloqué devant une page blanche depuis deux semaines à ne pouvoir préparer les oraux car tétanisé déjà par ce satané stress.


REPONSE

En premier lieu, l’oral d’un concours sert à choisir parmi les candidats ayant réussi l’écrit pour ne retenir que ceux qui arrivent encore à gérer un stress supplémentaire in vivo. L’écrit d’un concours laisse au candidat la possibilité de choisir à quelles questions il répondra et comment il pourra y répondre en soumettant une rédaction sur laquelle il aura réfléchi. A l’oral, les règles du jeu changent car, s’il existe toujours un moment où l’on expose en restant maître de ce que l’on choisit d’exposer et de la façon dont on abordera le sujet, la phase d’entretien avec le jury, qui suit l’exposé, permet de moduler les questions en fonction des savoirs et des réactions du candidat.

Pour moi, ces écrits et ces oraux procèdent de trois épreuves différentes :
  • Un écrit où le candidat est Roi sur sa copie, puisqu’il reste le seul à décider des questions qu’il abordera et de la façon dont il les rédigera et présentera.
  • Une épreuve d’exposé, où le candidat a disposé d’un temps réglementaire pour construire un discours pour ensuite le présenter sans aucune interruption de la part du jury.
  • Une épreuve d’entretien avec le jury, qui permet à celui-ci de vérifier la solidité des connaissances du candidats en commençant par poser des questions directes sur l’exposé pour vérifier que le candidat maîtrise ce qu’il expose, puis en élargissant le débat pour avoir une image aussi complète que possible des connaissances du postulant.

Pendant l’entretien, tout est bon pour pister les connaissances et le niveau de préparation du candidat, et la nature orale de l’épreuve permet de s’adapter constamment aux réponses qui sont données, ou omises, ce qui permet de découvrir des lacunes possibles sur lequel le candidat ne se serait jamais confié à l’écrit.

Même si un oral est difficile à supporter, il demeure essentiel pour découvrir la prestation « vivante » d’un candidat au tableau, devant des examinateurs. A ce moment, une réponse est beaucoup plus difficile à retrouver que lorsqu’on est seul devant sa copie, et le candidat ne retrouvera que les réponses qu’il connaît parfaitement, donc celles qu’il possède même dans des situations difficiles… Cela permet aussi de voir comment raisonne le candidat quand il est devant un problème posé à brûle-pourpoint.

Autre intérêt : celui de poser des questions enchaînées qui permettront de déterminer des lacunes éventuelles. Un exemple : à la question de montrer si la racine carrée de 2 est un nombre irrationnel, et devant le mutisme du candidat, le jury demandera de définir ce qu’est un nombre rationnel, comment on l’écrit, si Pi en est un, etc. Il pourra aussi en profiter pour demander de définir les nombres décimaux, de dire si tout nombre réel admet un développement décimal illimité unique, de préciser ce qu’est un nombre transcendant, de caractériser les nombres rationnels par leurs développements décimaux, de construire la racine carré de 20 à la règle et au compas, etc. L’oral est un détecteur de lacunes.

L’oral est effectivement très éprouvant pour tous les candidats qui ne savent pas à l’avance ce qu’on leur demandera et seront obligés de naviguer à vue, au hasard des questions et des réponses qui viendront à l’esprit, au hasard des réactions du jury. C'est un challenge. Vous n’êtes pas le seul à avoir peur de ce type d’épreuve, qui mérite bien son nom.

Dans un premier temps, il faut relativiser en se disant que le jury est parfaitement conscient de l’état de stress dans lequel un candidat se présente, et fera tout pour le « décontracter » et lui laisser la possibilité de reprendre ses esprits pour réagir aux questions : proposer une piste de solution, montrer comment positionner le problème et comment raisonner (par l’absurde, par analyse-synthèse...). Le jury fera des efforts remarquables pour amener le candidat à dire ce qu’il sait !

Vous n’êtes pas le seul à ne pas savoir comment débuter la préparation de l’oral. En fait, tout le monde est dans ce cas… C’est difficile à préparer, et il faudra rassembler beaucoup de courage pour aller passer l’épreuve.

Essayez de vous décomplexer le plus possible, de vous laisser une chance de présenter une leçon simplement, comme vous le pourrez, en fonction du sujet qui sera tiré. Pour certains sujets, on n’a vraiment rien à dire, mais sur d’autres on peut quand même proposer quelque chose. Le facteur chance joue évidemment quand on tire un sujet d’oral, mais il joue dans les deux sens : on peut aussi bien tomber sur une leçon que l’on aime que sur un thème que l'on ne connaît pas.

Décomplexez-vous. Prenez un titre de leçon en commençant par une leçon qui vous plaît. Construisez un plan en vous aidant des livres à votre disposition, et surtout de ceux qui vous accompagneront à l’oral puisqu’ils y sont acceptés. Pensez aux questions que les examinateurs pourraient poser. Accumulez des connaissances sur le sujet, et vous aurez thésaurisé une préparation de leçon d’oral ! Et recommencez tant qu'il vous reste du temps. Tout le monde est pris par le temps, malgré tout, chaque année, beaucoup de candidats obtiennent le sésame...

Pour varier les thèmes, prenez une feuille A5, pliez-la en deux pour en faire un dossier, mettez le numéro et le nom d’une leçon en haut à droite, et regroupez dans ce dossier tout ce que vous trouverez d’intéressant pour construire cette leçon, avec des références à des livres ou à des pages d’internet. Tout est bon : vous regroupez du matériel pour l’exploiter plus tard le moment venu. Placez-y aussi vos exercices fétiches. Faites la même chose sur votre ordinateur en créant autant de dossiers que de leçons où vous aurez quelque chose à dire.

Je vous souhaite du courage et de la ténacité : un oral peut bien se passer, et si ce n’est pas le cas, il faut continuer et recommencer tant qu’on le désire. Dans ce dernier cas, tout ce qui a été acquis les années précédentes pourra être ré-exploité l’année suivante, de sorte qu’on arrive à profiter petit à petit d’un effet « boule de neige » bien agréable.


L’oral est toujours une épreuve difficile, mais essayez de prendre un recul suffisant pour le rendre acceptable. 

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