Donnez-moi une raison de devenir enseignant !

Voici un message reçu ce jeudi 15 octobre 2015 :

Bonjour M. Mercier 
J'ai beaucoup de respect pour vous et pour vos travaux que je suis depuis maintenant 2 ans. Vos messages, bien sûr très réaliste et collent parfaitement à la tendance générale, sont très négatifs sur la profession d'enseignant.  
Ayant été contractuel pendant un an et ayant raté le CAPES de maths de très peu (2 points), j'ai repris mon métier d'ingénieur informatique où je ne m'épanouis pas beaucoup plus mais où je suis nettement moins sous pression, nettement moins fatigué et surtout où je me sens plus à l'aise et à ma place.
Je me suis réinscrit cette année et pourtant je cherche des motivations, des clés afin de reprendre confiance en moi dans la réalisation de ce métier mais j'en trouve de moins en moins. Pourriez-vous me donner quelques pistes afin de recouvrer la confiance que j'avais avant d'être contractuel 
Merci par avance.




Voici ma réponse :


Bonjour Johann,

Selon moi, la grande motivation pour devenir enseignant est : désirer transmettre des connaissances et des modes de pensées à des enfants qui se forment pour toute une vie.

La position de l'enseignant est essentielle dans ce qui vit l'élève. C'est lui qui propose, qui aide, qui accompagne, qui motive, qui distribue les gratifications et ouvre des chemins. C’est grâce à lui qu’on peut entrer dans un chemin vertueux où la connaissance est mise en valeur, et c’est encore grâce à lui qu’on peut réfléchir, apprendre à démontrer, relativiser des informations, et finalement acquérir un esprit critique qui accompagne la personne toute sa vie.

Bon, évidemment, comme on enseigne des maths, on sera plus spécialisés dans l’apprentissage du raisonnement et de la logique déductive. Et on enseignera aussi des maths « utilitaires pour le citoyen » et une façon de penser utilisant le « système 2 » si cher à Daniel Kahneman dans son livre Système1/Système2 : Les deuxvitesses de la pensée.

Les attaques sur l’enseignement des mathématiques n’arrêtent pas. Mais c’est un challenge quand même : une fois dans sa classe, et même s’il ne reste que 2h30 de maths par semaine en collège, le grand œuvre sera d’offrir ce qu’il y a de mieux à ses élèves, et la joie sera de les voir parfois accrocher, puis prendre leur envol. Vous serez le « spécialiste des mathématiques » qui orientera les acquisitions de vos élèves et tentera par tous les moyens de les motiver. 

Cela reste un beau métier, même si les conditions d’exercices et les conséquences des différents laxismes des 40 dernières années mettent bien des bâtons dans les roues. Une chose est certaine : c’est à chacun de faire son choix et décider si ce métier « au contact avec la force vive des enfants et adolescents » est fait pour soi.

Cela dit, quand je lis : « je suis nettement moins sous pression, nettement moins fatigué et surtout où je me sens plus à l'aise et à ma place », je me dis que vous avez déjà un métier qui vous permet d’être, de vivre, de réfléchir, et de suivre la voie que vous désirez (intellectuelle, spirituelle,…). C’est une bonne chose d’être « moins sous pression » et « nettement moins fatigué », car quand on est trop sollicité et quand on a trop de soucis, on a de plus en plus de difficultés à vivre. Vous devez aussi tenir compte de cela. C’est important de simplement pouvoir « être » pendant notre passage sur cette Terre. 

Finalement, je ne réponds pas à votre question : ce sera bien à vous de décider. Et c’est heureux : vos choix vous appartiennent, même si choisir est toujours difficile. Une fois ce choix effectué, vivez, profitez, acceptez la nature telle qu’elle est. Le secret du bonheur et de la réalisation est certainement dans la capacité à accepter profondément tout ce qui arrive dans la vie. Comme Osho l’a dit un jour « Deep acceptance is the secret of the tantra ».

Bon choix et hauts les cœurs !   

Dany-Jack

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

47% de plagiat dans un mémoire de master : de la nécessité d'utiliser un logiciel anti-plagiat

Voici comment s'est déroulé mon oral du CAPES interne

Le travail caché des professeurs : listes incroyable des réunions imposées pendant l'année !