Les programmes de maths et de sciences physiques au lycée sont à revoir !

« Le nouveau programme de physique en particulier est une vraie (mauvaise) blague… Les thèmes abordés sont beaucoup trop nombreux et sont carrément survolés : « introduction » à la thermodynamique, les interférences lumineuses, la théorie de la relativité d’Einstein (??WTF??) et j’en passe ! 

Autant de thèmes que j’ai vu en Math Sup voir Math Spé (filière PC) de manière « légèrement » plus approfondie et avec les outils mathématiques et théoriques nécessaires !
Là ce sont des formules balancées comme ça, des postulats « admis », des « ça se passe comme ça et c’est tout »… Bref c’est vachement scientifique ! 

En même temps on ne peut pas faire autrement parce qu’un élève de terminale S n’a pas un bagage mathématique assez fourni et surtout parce que le temps accordé n’est évidemment pas suffisant pour aborder correctement tous ces thèmes. On a donc qu’une vulgarisation grossière de la physique et aucune démarche ni réflexion scientifique. »

Ce qu'on vient de lire est un commentaire d'un collègue qui enseigne les sciences physique au lycée, et qui a le courage de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Il a été écrit le 30 avril 2013 à la suite d'un article intitulé Terminale S : d’éminents mathématiciens contestent les nouveaux programmes où des mathématiciens de renom annonçaient la catastrophe pour les enseignements scientifiques au lycée. L'article date de 2011, la dernière réforme du lycée date de 2010, et les programmes issus de cette réforme sont toujours en vigueur. La mise en garde solennelle a été faite par des membres de l'Académie des sciences (voir le communiqué reproduit tout en bas), mais cinq ans plus tard on s'aperçoit que cela n'a servi à rien !!

Plus aucun espoir d'un renouveau de l'attractivité des sciences avec un tel programme et cette impossibilité de spécialiser un tant soit peu les lycéens à partir du moment où ils veulent se diriger vers des matières scientifiques. Attendre l'après-BAC pour commencer un début de spécialisation, c'est de l’esbroufe et l'assurance d'aller droit dans un mur. Et le mur, les étudiants se le payent maintenant chaque année avec ce programme et ces orientations curriculaires.

La facture sera lourde à payer pour notre pays, qui n'a pas besoin de ça ! On a aussi besoin de scientifiques, et on ne voit pas pourquoi on devrait bientôt être obligé de les chercher ailleurs.

Dans l'article cité plus haut, on apprend que ces éminents mathématiciens mettent en garde contre ces nouveaux programmes qui « ne seront en aucun cas réalisables compte tenu des horaires assignés et des contenus proposés ». Ils constatent aussi en plusieurs endroits « l'abandon des définitions utiles et du formalisme minimal qui seuls pourraient permettre de conduire des raisonnements précis et argumentés ». Les signataires énumèrent ensuite les nombreuses insuffisances du programme et rappellent que « la conception de nouveaux programmes ne saurait s'improviser en quelques semaines ». Des évidences que nos réformateurs n'entendent pas. D'après ces membres de l'Académie des sciences, ces programmes 2010 visent surtout à « réduire encore les contenus de mathématiques délivrés aux élèves »

En 2015 on y est encore en plein dedans.




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POUR INFORMATION :

Communiqué de membres de l'Académie des Sciences
à propos des propositions ministérielles de programmes
de mathématiques pour la classe terminale,
soumises à consultation en mars 2011 


Le Ministère de l'Éducation Nationale a proposé à la consultation de nouveaux programmes de classe terminale en mars 2011, (...)

 En ce qui concerne les programmes de mathématiques de terminale S, un examen détaillé des textes proposés révèle de graves insuffisances et incohérences. Les ambitions affichées dans le préambule (capacité à effectuer des recherches autonomes, à avoir une attitude critique, à modéliser) ne seront en aucun cas réalisables compte tenu des horaires assignés et des contenus proposés.

On observe en plusieurs endroits l'abandon des définitions utiles et du formalisme minimal qui seuls pourraient permettre de conduire des raisonnements précis et argumentés. Ainsi en analyse, alors que la définition des dérivées est supposée déjà avoir été travaillée en classe de première, la notion de limite finie en un point n'est plus au programme, et toute mention de la relation avec la continuité a disparu. 

Beaucoup de définitions en appellent à de vagues intuitions et la plupart des résultats fondamentaux sont admis. Au lieu de recommander l'affermissement des capacités calculatoires des élèves, l'ambition affichée pour le calcul des dérivées se réduit à l'emploi d'une prothèse, à savoir l'usage de logiciels de calcul formel. La fonction tangente semble quant à elle avoir disparu des exigences. Au titre des graves incohérences, on constate la disparition du chapitre sur les équations différentielles, tandis que la fonction exponentielle continue à être introduite comme la solution d'une telle équation. Le chapitre sur les probabilités, qui ne paraît imposant que superficiellement, se voit privé de beaucoup des fondements nécessaires à son traitement et à sa compréhension : il vaudrait bien mieux en la circonstance cadrer davantage le contenu afin de pouvoir étudier la question en profondeur. La géométrie est hélas de nouveau le parent pauvre de ce projet de réforme ; ainsi, l'introduction des nombres complexes est amputée du support géométrique que constitue l'étude des similitudes, et le contenu de géométrie dans l'espace manque cruellement d'une vision d'ensemble. 

Le programme de l'enseignement de spécialité ne vient guère corriger ce tableau général médiocre puisqu'à côté des notions de décomposition en produit de facteurs nombres premiers ou de pgcd qui auraient pu autrefois relever du début du collège, on voit apparaître des propositions assez surprenantes sur le "modèle de diffusion d'Ehrenfest" ou les "marches aléatoires sur les graphes" dont l'intitulé fait plutôt penser à des recherches avancées de spécialistes... 

La conception de nouveaux programmes ne saurait s'improviser en quelques semaines, et il serait très souvent souhaitable d'effectuer des expérimentations préalables dans des classes représentatives, suivies d'une analyse impartiale a posteriori par des experts et par le milieu enseignant. L'effet des propositions soumises à la consultation, au delà de l'incantation de quelques prétentions inaccessibles, sera surtout de réduire encore les contenus de mathématiques délivrés aux élèves. 

L'introduction de sujets nouveaux comme l'algorithmique ne peut se faire sans que l'équilibre global des horaires des différentes disciplines soit revu. Les horaires consacrés aux sciences sont aujourd'hui très insuffisants dans la voie scientifique du lycée. Il est également très regrettable que les mathématiques aient disparu de certaines séries littéraires qui restent pourvoyeuses de cadres de l'état ou d'enseignants généralistes. Dans ces conditions, l'urgence serait de mettre sur pied une réforme cohérente et ambitieuse du lycée et des cycles qui précèdent, condition indispensable pour enrayer l'hémorragie actuelle des vocations scientifiques. 


[Les neuf premiers signataires de la pétition sont Jean-Pierre Demailly, professeur à l'université de Grenoble 1, Jean-Marc Fontaine, professeur à l'université Paris-Sud Orsay, Jean-Pierre Kahane, professeur émérite à Paris-Sud Orsay, Gilles Lebeau, professeur à l'université de Nice Sophia-Antipolis, Bernard Malgrange, professeur émérite de l'université Joseph-Fourier à Grenoble, Gilles Pisier, professeur à luniversité Pierre-et-Marie-Curie, Jean-Pierre Ramis, Jean-Pierre Serre, médaille Fields 1954, et de Christophe Soulé, délégué de la Section de Mathématiques de l'Académie.]


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