Les garçons dans la tourmente



Dans ces entretiens, Jean-Louis Auduc explique pourquoi les statistiques concernant les décrochages scolaires doivent être sexués. Environ 150 000 élèves quittent le système éducatif chaque année sans aucun diplôme, mais on ne dit jamais que ces élèves sont surtout des garçons : 125 000 garçons contre 25 000 filles concernées.

A l'issue du primaire, 15 à 20 % d'élèves entrent en sixième sans savoir lire ni écrire, donc en étant presque certains de ne pas profiter des cours dispensés en collège et de s'ennuyer pendant quatre années. Mais qui rappelle que ces élèves en difficultés sont essentiellement des garçons ? Près d'un garçon sur trois, et moins d'une fille sur 12. 

Ces statistiques sexuées devraient nous interpeller et nous amener à différencier les approches pédagogiques suivant que l'on a affaire à des garçons ou des filles. En une trentaine de minutes, Jean-Louis Auduc fait un constat dense et précis, multiplie les exemples, et propose des solutions simples. Cette vidéo est à regarder pour prendre conscience d'une réalité que l'on n'imagine pas, même si, en tant que professeur, on se rend bien compte que ce sont bien souvent les garçons qui posent problèmes dans les classes.

Un exposé qui nous ouvre les yeux !





Jean-Louis Auduc, historien et ancien directeur de l'IUFM de Créteil, déclare ceci dans une interview au Figaro :

« Les filles obtiennent 44 points de plus que les garçons en « compréhension de l'écrit » dans PISA. En clair, 32 % des garçons n'atteignent pas, le niveau de compétence à l'écrit, considéré comme un minimum à atteindre pour réussir son parcours personnel. Cette faiblesse dans la «compréhension de l'écrit» indispensable pour l'obtention des diplômes et des qualifications pèse lourd dans le décrochage scolaire. Sur 150.000 élèves sortant chaque année de notre système scolaire sans qualification, 70 % sont des garçons.

Nous payons un refus d'analyser cet échec scolaire précoce des garçons. On continue à parler de 15 à 20 % « d'élèves » ne maîtrisant pas la lecture au sortir de l'école primaire en oubliant de dire que cela concerne un tiers des garçons! Nous avons trop tendance à considérer que l'échec est asexué alors que les garçons et les filles ont des différences qui nécessitent des besoins pédagogiques adaptés. Nous n'avons pas de rite de sortie de l'enfance. La fille se projette plus facilement dans l'avenir, pendant que le garçon passe par une période d'incertitude. Il ne sait pas comment se positionner, précisément à un âge où il doit commencer à faire des choix. Certains se réfugient dans la violence. C'est en se faisant exclure de la classe ou en refusant le travail scolaire qu'ils prouvent qu'ils sont sortis de l'enfance.

Plus globalement, alors que la fille accepte de se corriger, de se remettre en question, le garçon le refuse. Dans de nombreuses familles, soit défavorisées, soit culturellement machistes, le garçon reste un petit roi exempt de tâches ménagères. Les filles sont davantage habituées aux contraintes. Lorsqu'elles arrivent à l'école, le choc est bien moins important pour elles. »






Jean-Louis Auduc est l'auteur de Sauvons les garçons !, un livre présenté par J.-M. Zakhartchouk dans les Cahiers pédagogiques en ces termes :  

« Jean-Louis Auduc nous dit de ne pas oublier un problème qui prend de l’ampleur : l’échec scolaire accru d’un grand nombre de garçons. Les données statistiques présentes dans le livre (et bien difficiles d’ailleurs à recueillir) sont parfois impressionnantes. 

Près des trois-quarts des élèves de SEGPA sont des garçons, près de 80 % de garçons peuplent les classes relais, la réussite au bac est de 57 % pour les garçons, contre 71 % pour les filles. Et pour Jean-Louis Auduc, si on regarde les objectifs ambitieux que se fixe notre système éducatif, ceux-ci sont atteints si on ne considère que les filles. 

Et il ne faut pas se tromper d’époque. Que signifierait la revendication d’accès à des métiers comme la médecine pour les filles alors même que deux tiers des nouveaux médecins sont des femmes ? Jean-Louis Auduc n’hésite pas à écrire (de manière provocatrice ?) « les garçons sont devenus, en quelques années, le deuxième sexe de l’école et occupent sans conteste la place la plus défavorable au sein du système éducatif, place caractérisée par l’échec scolaire et la sous-qualification massive. »

Il existe bien des pratiques qui de fait favorisent les filles. Celles-ci se sentent bien plus à l’aise à l’école, qui d’ailleurs leur a transmis d’une certaine façon (et c’est tant mieux) « le goût de l’insoumission à l’égard des rôles dans lesquels la société les cantonnait » ; elles acquièrent ainsi une autonomie grandissante, alors même que les garçons d’origine populaire s’enferment dans des stéréotypes masculins qui les desservent socialement. Jean-Louis Auduc note que de mauvaises copies sont notées plus sévèrement lorsqu’on sait qu’elles sont l’œuvre de garçons (...) »







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