Il faut s'autoriser à utiliser des recueils d'exercices corrigés à l'oral d'un concours !


Voici un compte rendu intéressant d’un oral d’agrégation interne, reçu ce samedi 9 mai 2015. Etre admissible et ensuite râter un des deux oraux pour voir s'échapper toute possibilité « d'en finir avec son concours », c'est toujours très difficile à vivre, t donc à en parler. C'est pourtant une situation bien commune que beaucoup de candidats doivent affronter.

Voici le compte rendu sur deux oraux d'agrégrégation interne 2015 :

 DEBUT

Je viens de lire vos corrections magistrales des épreuves de l'agrégation internes de maths 2015, j'ai appris beaucoup de choses grâce aux suppléments. Je suis tout juste admissible cette année avec 10,6 à la première épreuve et 8,4 à la deuxième. Je ne pensais pas être admissible donc je me suis relâché jusqu'à l'approbation des admissibilités.

Je me suis présenté aux oraux à Paris, ce fût un désastre : 4 et 4 aux deux épreuves malgré la bienveillance du jury qui on la patience d'écouter mes exposés médiocres. En y repensant, j'ai honte de faire autant de fautes de calculs et avoir dit tant de bêtises sous l'émotion. Pourtant le tirage me fut favorable. J'ai exposé « Série de fonctions. Propriétés de la somme. Exemples. » au lieu de « Loi binomiale. Applications en probabilité et en statistique ». J'ai choisi de développer un résultat sur la transformation d'Abel puis une application classique de cette transformation. Je n'ai pas eu le temps de terminer mon exposé par deux application que j'avais prévues dans mon plan : la fonction Zêta de Reimann et la fonction de Wan der Warden. C'est trop court 15 minutes !

Pour l'épreuve d'exercices, j'ai présenté « Exercices sur la réduction des endomorphismes » au lieu de « Utilisation du théorème de Bezout », je ne me souviens plus de l'intitulé exact. Ce fut catastrophique, j'ai fait des erreurs de calculs dans le polynôme caractéristique d' une matrice 3×3 ! J'ai passé  tout le quart d'heure sur ce déterminant. Quand j'y repense j'ai honte ! J'ai trop tergiversé durant la préparation pour choisir les exercices, je ne me suis pas assez concentré sur les commentaires à faire et les corrections des exercices retenus.

J'ai lu votre ouvrage Délires et tendances dans l'éducation nationale. Moi qui rêvais d'enseigner en lycée générale (je suis  PLP en maths/sciences) pour faire de belles mathématiques, je suis découragé par vos constats alarmants, qui hélas sont confirmés par le vécu de ma compagne qui est stagiaire en sciences physiques dans un des lycées  soit disant « d'excellence » de Strasbourg  (le lycée Kléber). Elle a une première S européenne qui n'a aucun goût pour les sciences. Ils ne sont là que pour le prestige de la filière. Quand elle ose aborder les aspects quantitatifs de sa discipline, elle les perd. Je croyais que l'herbe est plus verte chez le voisin, mais je me trompe. Finalement je resterai bien en lycée professionnel (les « apprenants », comme les nomme notre proviseur, sont moins arrogants, et leurs parents ne sont pas toujours derrière notre dos.

Merci pour votre fabuleux travail. Je surveille avec impatience  l'édition de vos prochains ouvrages.


MA REPONSE

A l’oral d’un concours comme l’agrégation ou le CAPES, les aléas des oraux sont importants. Tout peut admirablement bien se passer, mais à l’opposé, on peut avoir des connaissances précises sur un sujet, et être suffisamment entraîné, sans pour autant réussir à transformer l’essai.

Si l’on a la chance de tomber sur un sujet que l’on connaît assez, il faut encore arriver à tout préparer en temps limité, submergé par les livres sur lesquels s’appuyer. Un écueil est d’être submergé par les informations, et se lancer dans des calculs et vérifications qu’on n’a véritablement pas le temps de mener.

Je me suis trouvé dans le même cas que vous à l’un de mes oraux d’agrégation interne en 1990, et j’ai honteusement râté l’épreuve d’exposé où ma note a été de 05/20. J’étais pourtant tombé sur une leçon sympathique sur les « séries à termes positifs » où l’on a quand même des choses à dire. Mais voilà, j’ai voulu utiliser mes Ramis, de très bons livres que j’adore mais dont de nombreux passages ne sont pas corrigés, et je me suis mis en tête de comparer une série à une intégrale, et d’en déduire des équivalents. Mal m’en pris : j’ai fait des erreurs de calcul, je ne trouvais plus le résultat attendu, et j’ai perdu plus de 30 minutes à chercher l’erreur et investir dans cette application sans avenir ! On est venu me chercher à l’issue des trois heures de préparation, et j’ai dû m’arrêter alors que l’essentiel n’était pas prêt. J’ai improvisé en suivant le plan que je m’étais tracé, mais dès l’introduction, j’ai averti le jury que je n’avais pas eu le temps de terminer mon exposé et que je ne « n’avais pas trouvé de bien bonnes choses à dire ». Je me suis déprécié, et je ne conseillerai pas de le faire, car je me plaçais de moi-même dans l’attitude du looser qui vient à l’oral tout en sachant qu’il ne fait pas le poids, et qu’il s’attend à être recalé.

Ce n’est pas votre cas, mais la suite vous intéressera plus. Après cet échec violent, je n’avais plus envie de retourner voir un jury le lendemain matin pour l’épreuve d’exercices. J’ai failli utiliser cette journée pour aller visiter des musées à paris. Puis je me suis ressaisi, et j’ai volontairement décidé de « faire comme les autres », c’est-à-dire de m’autoriser à utiliser des livres d’exercices corrigés pour booster ma préparation ! Et oui, dans la première épreuve, je n’avais pas osé agir de la sorte et préféré utiliser mes quelques livres (je venais de Guadeloupe par avion) et des livres de cours. Disposer d'une solution déjà travaillée pour préparer son intervention est appréciable !

Ah ! Et puis surtout ne faites pas attention à tous ceux qui diront que le jury pourra repérer d'un simple coup d'oeil tel ou tel exercice, venant de tel ou tel bouquin. C'est faut, et d'ailleurs personne n'a remarqué que j'avais utilisé des matrices figurant dans un certain livre de licence. Le tout est d'expliquer ensuite comment obtenir la décomposition voulue, et d'être capable de se lancer dans des calculs explicites au tableau si le jury demande de traiter complètement la question pendant l'entretien. Mais en général, on sait comment diagonaliser une matrice.

Le lendemain, j’ai choisis de traiter le sujet sur la réduction des endomorphismes, et j’ai foncé dans la bibliothèque du concours pour voir s’il restait, par hasard, un livre d’exercices de licence avec les corrections surtout. J’en ai trouvé un, je suis parti en salle de préparation avec. J’ai dû gagner une heure de préparation en choisissant des matrices qui avaient déjà été réduites (sous une forme ou une autre suivant ce que je voulais en faire) pour construire ma série d’exercices divers. Juste un œil sur les calculs du livres, juste le temps de recopier les caractéristiques de ces matrices, et me voilà en train de faire mon plan et d’exploiter ces matrices de plusieurs façons possibles : diagonalisation, trigonalisation, calcul d’une puissance de matrice, calcul d’espaces propres, Jordanisation, utilisation pour résoudre des équations différentielles linéaires d’ordre n  ou des systèmes différentiels linéaires du premier ordre, et enfin coniques, détermination de la nature d’une conique ou d’une quadrique. Succès total, et bonne note à l’oral !

Aussi profiterai-je de vous répondre dans ces lignes pour dire à tous les futurs candidats aux concours : 
  • Ne vous martyrisez pas !
  • Cherchez une stratégie adaptée !
  • Autorisez-vous à faire tout ce qui n’est pas interdit dans le règlement du concours !
  • Profitez à fond des livres dont vous disposez !

Il faut élaborer une stratégie adaptée à la situation. Pensez-y avant de passer à l’oral devant les jurys. Ici, la solution efficace était tout simplement de dégager beaucoup de temps de préparation en se permettant d’utiliser (de façon originale) des matrices déjà réduites dans un recueil d’exercices corrigés. Le reste était facile.

Avec un 05/20 à ma première épreuve d’oral, et un 15/20 à la seconde, j’ai réussi le concours haut la main, car mes écrits étaient plutôt bon : ça avait carburé sec sans que j’y ai vraiment été pour quelque chose, sans doute parce que je m’étais suffisamment préparé sur les sujets qui sont tombés cette année-là. Si on boulonne beaucoup les fondamentaux et les annales, au bout d’un moment le cerveau arrive à fonctionner tout seul sans qu’on ait à le martyriser…

Pour obtenir plus de précisions sur mes écrits et la part de ce que l’on peut traiter à l’écrit pour être admissible, on peut aller voir le document Qui obtient 100/100 à l’écrit du concours ? On comprendra mieux comment sont notées les copies de l’écrit, et cela rassure, normalement.

Et pour le CAPES... Pourquoi ne pas partir avec des annales corrigées de baccalauréat, de BTS ou de bacs professionnels ? 


Ce livre a été publié par un Mégamathien, et il est réussi. Il regroupe par thème
les textes des exercices et problèmes du bac 2013 (hors spécialité), et propose les
corrections détaillées. A feuilleter sur Amazon...




Commentaires intéressants :


Commentaire de Cheïma Sewsen (09/05/15) - Ah les livres pour l'épreuve de l'oral... J'étais venue avec deux petites valises pleines à craquer remplies de livres de la 6ème à la terminale avec en plus mes cours de lycée et de collège. Au final je n'ai ouvert que deux livres et ne les ai feuilletés que deux fois et très légèrement. Cela m'a juste fait gagner le temps de ne pas aller chercher dans la bibliothèque du concours. Comme dit dans le billet, l'important c'est l'entraînement pour la gestion du temps qui personnellement m'a bien manqué.
















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