Faut-il laisser patauger les gosses sans bouée dans un milieu aquatique profond standardisé ?


Têtes, Dali - Photo de LoggaWiggler sur Pixabay CC0
Nous proposons ci-dessous des extraits choisis d’un texte écrit par le GRIP proposant une analyse des nouveaux programmes du primaire devant être adoptés à partir de l’année 2016. J’ai considéré que ces passages étaient cruciaux pour comprendre le danger d’une telle réforme, et des orientations actuelles en matière d’enseignement.

Nos enfants ne méritent pas d’être ainsi toujours placés en difficulté à cause des méthodes et des principes d’apprentissage en vogue, alors que la mission du professeur est d'aplanir les difficultés en utilisant les méthodes qu'il voit fonctionner, sans brader les connaissances, et sans mettre 30 ans pour enseigner des connaissances et des savoir-faire que 80% des élèves assimilent en 3 ans.

Novlangue

L’emploi récurrent du « jargon » semble être la seule chose qui ait vraiment interpellé les médias jusqu’à présent. Il est vrai qu’en annonçant des programmes « plus simples et plus lisibles pour que chacun sache bien ce que les élèves doivent apprendre » les concepteurs de ces textes ont placé très haut la barre du mensonge et de la désinformation.

La constatation de l’appel de 2001 est bien confirmée : « On pourra donc parler de tout sans rien connaître. Conception qui autorise la rédaction de « programmes » dont l'enflure verbale proliférante a de plus en plus de mal à masquer un contenu réel de plus en plus misérable. » Cependant, il serait regrettable qu’un simple toilettage du « milieu aquatique profond standardisé » en « piscine » suffise à donner de l’appétence pour cette potion qui n’est pas seulement amère mais avant tout toxique. (…)

Proscrire toute progressivité

Cette dilution de l’étude du français dans les « pratiques langagières » n’est malheureusement pas la pire : avec la perspective des cycles du socle commun, la maîtrise de la langue va connaître une pulvérisation sans précédent. La mise à mort des progressions annuelles représente la troisième imposture de ces programmes qui se voulaient : « plus progressifs et plus cohérents ».

Certes les rédacteurs nous ont fait l’aumône de quelques repères de progressivité en bas de tableau, mais l’enseignant ne pourra plus établir seul sa progression annuelle, il devra désormais la négocier avec ses collègues du même cycle. Ce qui ne manquera pas de perturber la scolarité des enfants qui seront confrontés à un nouveau programme à chaque fois qu’ils changent d’école. Aussi le président du CSP, Michel Lussault, peut affirmer sans se tromper qu’avec la réforme des programmes, « la notion de redoublement n'a plus de sens » (Le Monde, 14.04.2015).

Toute notion de prérequis, toute idée de palier à atteindre avant d’aborder de nouvelles connaissance est obsolète « Un élève qui, à l'issue de la première année, n'aura pas totalement maîtrisé un élément, aura encore deux années pour le revoir. » nous dit Michel Lussault. Mais s’il n’a pas acquis cet élément au bout de trois ans ? Il faut croire qu’il aura accès à une révélation : « L'approche par cycle de trois ans, que nous proposons dans notre réforme, permet de caler les apprentissages dans un autre temps. ». Puisqu’on vous dit qu’un autre temps existe… (…)

Approche systématique vs vision synthétique 

L’appel de 2001 constatait : « Les exercices dits systématiques, qui permettent de créer des automatismes sont définitivement bannis de l'enseignement primaire. Il ne saurait plus être question d'apprendre par cœur des tableaux de conjugaison, ni des règles d'orthographe. »

Monsieur Paget, ressortant la vieille lapalissade constructiviste « On apprend à parler, écrire, lire en parlant, écrivant et lisant… » confirme ce bannissement : « La réflexion sur la langue, elle, doit d’abord consister à observer, modifier, substituer des énoncés avant d’apprendre une terminologie grammaticale, en mettant l’accent sur les régularités les plus fréquentes avant d’entrer dans le détail. » et les nouveaux programmes de marteler : « l’élève est conduit à élaborer la synthèse de remarques faites occasionnellement, … Il commence à établir des listes de courtes phrases contenant des homophones grammaticaux de façon à commencer à apprendre à les distinguer … travaille sur les régularités … comparaison et tri …. Il commence à apprendre l’usage … Il s’entraîne ainsi à amplifier ou à réduire les phrases. … »

Même si l’on tient pour exact que c’est en nageant que l’enfant apprend à nager, faut-il pour autant le laisser patauger sans bouée dans un milieu aquatique profond, fut-il standardisé ? (…)


[Extraits du document : NE PLUS APPRENDRE À LIRE, ÉCRIRE, COMPTER ET CALCULER. PROSCRIRE TOUTE FORME DE PENSÉE COHÉRENTE. http://www.sauv.net/prim.php

Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes – Avril 2015]


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

47% de plagiat dans un mémoire de master : de la nécessité d'utiliser un logiciel anti-plagiat

Voici comment s'est déroulé mon oral du CAPES interne

Le travail caché des professeurs : listes incroyable des réunions imposées pendant l'année !