4 ans pour apprendre l'écriture cursive en 1920, 8 ans aujourd'hui !

On commence actuellement à répéter que "l'écriture cursive est impossible à acquérir, et qu'il vaudrait mieux l'abandonner purement et simplement". Les décisions finales suivront certainement la mode, et appartiendront  au "dernier chercheur à avoir longuement réfléchi à la question, de la décision du CPC ou de l'IEN de circonscription".

Dans son blog Doublecasquette, une maîtresse du terrain nous rappelle que l'apprentissage de l'écriture cursive "peut aller de quatre à cinq ans selon Maria Montessori dans ses classes pour enfants romains défavorisés des années 1920 à plus de huit ans désormais".

En gros, 4 ans pour apprendre avec des élèves défavorisés au début du XXe siècle, et 8 ans pour arriver au même résultat avec des élèves du début du XXIe siècle. Les méthodes apocalyptiques modernes ne peuvent qu'engendrer de tels résultats, que l'on retrouve dans l'apprentissage des mathématiques où les programmes sont sans cesse revus à la baisse depuis plus de 30 ans. La pédagogie constructiviste impose de laisser aux enfants le temps de la découverte, et supprime les exercices répétitifs qui permettaient de bien apprendre, et de retenir, une leçon. L'idée de "leçon" a elle-même été supprimée pour être remplacée par un fatras de thèmes plus ou moins connexes jetés en pâture dans des séances qui n'en finissent plus.

Prenez le petit Einstein à 6 ans, proposez-lui des activités mais laissez-le découvrir seul et à son rythme les maths et la physique pendant 20 ans. Activités de découverte, de redécouverte : qu'il construise son savoir seul... Il obtiendra un niveau BAC à 70 ans. 

Mais revenons à l'écriture cursive en maternelle. Dans son blog Doublecasquette, Catherine Huby explique que tous ses élèves arrivent à maîtriser l'écriture cursive si l'on ménage des temps réguliers d'apprentissage :

Chez nous, dans la classe à triple niveau de notre village, l'âge moyen se situe entre cinq ans et six ans et quelques mois. Régulièrement. Depuis des années. Avec tous les élèves (sauf un qui, selon le psychologue scolaire, avait à 6 ans et quelques miettes un âge mental de 3 ans).
Petite preuve en images avec une histoire passionnante aux rebondissements échevelés qui ont fait mourir d'angoisse puis de rire les sept zozos de cette années, sous l'œil attendri ou envieux de leurs huit camarades de CP et des cinq élèves de CE1. 
Je tiens à signaler que j'ai pris exprès les quatre enfants qui écrivent avec le moins d'aisance. Leur âge au mois près sera indiqué sous chaque page de l'histoire, car cela a une importance capitale à ce stade de la scolarité.

On pourra voir sur son blog quatre exemples de textes calligraphiés par ces élèves de 6 ans, choisis parmi ceux qui avaient le plus de difficultés.



C'est dans les commentaires qu'un autre enseignant identifie clairement le responsable d'un défaut d'apprentissage de l'écriture, en ces termes :

"Le mot-clé : de la régularité." et oui, et pas des doses homéopathiques. Etonnement d'une stagiaire dans ma classe : "mais vous faites des modèles d'écriture tous les jours et même au CE2 ?". Quand elle m'a remplacé, ça écrivait à peine un jour sur deux, et quand je lui ai fait remarquer, elle m'a répondu : "oui, mais on écrit ailleurs, sur l'ardoise, les brouillons"... "Pensez-vous que cela a les mêmes objectifs ?". "Bah oui !".

Quand j'avais des CM1, c'était pareil : lettre minuscule, sa majuscule, un nom propre, une phrase à copier du tableau, un ou deux chiffres parce que ce n'est pas en gribouillant sur des photocopies qu'on apprend à former ses chiffres proprement et dans les lignes...

Hélas, les "pédagos" qui rédigent les programmes n'ont pas encore trouvé de formule alambiquée pour désigner l'écriture, donc ça attendra. Mes élèves de CE2 ont tous été doté d'un stylo plume (...) depuis la Toussaint, il n'en manque aucun. Ils fonctionnent tous et ils sont heureux de partir avec à la fin de l'année. Les CE1 ont très envie d'avoir le leur. 

L'apprentissage de l'écriture, c'est comme l'apprentissage d'une langue étrangère, ou d'un sport à geste particulier (natation, tennis...) : le saupoudrage ne vaut RIEN, c'est l'entrainement quotidien qui porte ses fruits et qui modèle le geste et celui qui les commande."

Mais pourquoi ne laisse-t-on jamais la parole aux enseignants du terrain qui connaissent bien leurs élèves, eux ?











Commentaires

  1. Merci de diffuser l'information.
    Qu'en sera-t-il avec les nouveaux programmes pour les cycles 1 et 2 ?

    Sans doute les élèves arriveront-ils parfois au CP non-scripteurs car "Le travail sur les sons de la parole, l'acquisition du principe alphabétique et des gestes de l'écriture préparent l'apprentissage de la lecture et de l'écriture qui commence au cours préparatoire" (programmes de l'école maternelle).

    Quant au projet de programmes pour le Cycle 2, il annonce déjà que "Au cycle 2, l’élève construit peu à peu les moyens d’une écriture relativement aisée. L’élève apprend à maîtriser le geste graphomoteur, il automatise progressivement le tracé normé des lettres."
    Il sera donc possible qu'en fin de CE2 (9 ans), quelques élèves n'aient pas encore tout à fait automatisé le tracé normé des lettres...

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    1. Une diablerie de plus quand on sait l'importance de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture pour toute la suite, pour toutes les disciplines imaginables. Cela laisse augurer de difficultés qui n'iront pas en s'amenuisant, en particulier en mathématiques au collège où je tente de suivre les évolutions.
      Merci pour votre commentaire :)

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