44 % de plagiat sur un mémoire de master : nous avons les moyens de le découvrir !

La fin de l'année universitaire est proche, des mémoires sont déposés sur la plate-forme Moodle de l'établissement, et j'ai décidé de lancer quelques tests avec le logiciel anti-plagiat URKUND.

Tous les étudiants ont été avertis dès le début de l'année que des vérifications pouvaient être faites numériquement pour vérifier s'il n'y avait pas eu de plagiat.

Pour voir s'il existait des fraudeurs, je suis allé vérifier les 33 mémoires qui ont déjà été placés sur la plate-forme. Tous ont passé le test avec succès, sauf un. Le voici.

On m'annonce que le mémoire de Mme CARBONCOPI (le nom a été changé) totalise 44% de correspondance avec un autre document. En allant voir le rapport de plus près, je lis l'entête suivante :



Les sources copiées sont incluses dans le rapport, et l'on constate qu'on a utilisé un mémoire déposé dans la base de données DUMAS du CNRS. Le document copié est un mémoire de l'ESPE d'Orléans soutenu par Mme Laurine HERPIN le 22 juin 2016, dont le titre est "La socialisation des enfants de toute petite et de petite section d’école maternelle à travers les jeux collectifs". Le titre du mémoire de Mme CARBONCOPI est proche : "La socialisation des jeunes enfants en petite section d’école maternelle à travers les jeux collectifs". 

La partie intéressante du rapport d'URKUND débute à la page 55 où le document montre deux colonnes : celle de gauche qui contient le texte du document à analyser, et celle de droite qui contient le texte du document sur lequel on a copié. Un pourcentage indique le niveau du plagiat, car on peut supprimer quelques mots ou en rajouter d'autres pour être plus discret, ou encore changer de syntaxe. La référence du document plagié apparaît au dessus de tous ces extraits de mémoires :

L'extrait 2 est déjà assez long, mais cela continue de la page 55 à la page 120, et de longs paragraphes ont été copiés presque mot à mot, comme on peut le voir sur les extraits choisis qui suivent. Voici l'original de Mme CARBONCOPI :



et l'analyse donnée par URKUND sur ce même paragraphe :


Les exemples ne manquent pas :






L'étudiante n'est pas allée bien loin pour chercher ses hypothèses de travail, puisqu'il suffit de les copier sur le fond et sur la forme, puisque nous y sommes :


Et cela continue :




L'expérimentation clone donne exactement les mêmes résultats que dans le document original. Tout sera bien rédigé jusqu'au bout, mais a-t-on seulement expérimenter sur le terrain? On peut en douter. Regardez ce passage :


Allons-y gaiement ! Les expérimentations sont les mêmes, les observations aussi, mais nous devons changer les prénoms des élèves pour que l'on ne puisse pas s'apercevoir qu'il n'y avait pas d'Eléa ou de Thaïs dans sa classe. Sur le mémoire copié, ils s'appelleront donc Seldy et Océane ! Regardez un peu :


Les observations et les conclusions sont exactement les mêmes  dans les deux classes. Ces élèves sont des clones et les résultats sont vraiment les mêmes. Et les prénoms changent : dans l'item 169, c'est Stéphy-Anne qui tape agressivement Emilie, et non plus Eliott qui tape agressivement Lucie...









On s'approche de la conclusion, mais avant on n'oublie pas de parler des limites de l'expérimentation, ce qui est toujours important. Un passage recopié à 90% :

Voici le texte dans l'original de Mme CARBONCOPI. Difficile de repérer la copie dans ce texte, mais heureusement, URKUND a fait le travail pour nous :


Pour terminer, on remarque que le mémoire original de Laurine HERPIN de l'ESPE d'Orléans ne figure nulle part dans la bibliographie. On n'en parle nulle part ailleurs dans le document. On se moque donc du jury et de tous ses camarades qui, eux, se sont échignés à mener une expérimentation en classe et produire un texte.

Actuellement, on ne devrait JAMAIS écouter un candidat présenter son travail sans avoir auparavant fait un test avec un logiciel anti-plagiat. Dans le cas contraire on encourage la tricherie, l’entourloupe et l'escroquerie intellectuelle.

Avis aux lecteurs, collègue ou étudiant : vous pouvez me proposer un texte que je proposerai à URKUND si vous avez des doutes, ou simplement si vous voulez en savoir plus sur la paternité du document.

Commentaires

  1. Bonjour, je voudrais juste réagir à votre phrase "on ne devrait JAMAIS écouter un candidat présenter son travail sans avoir auparavant fait un test avec un logiciel anti-plagiat. Dans le cas contraire on encourage la tricherie, l’entourloupe et l'escroquerie intellectuelle."

    Les textes sont en général assez clair : lorsque les étudiants se livrent à un acte ne respectant pas les "règles du jeu" (qui sont assez souvent j'imagine le recours à une source pendant un examen), on laisse l'étudiant poursuivre son examen et son action litigieuse doit être examinée par une commission indépendante disposant des éléments à charge.

    Rien n'empêche un étudiant présentant un plagiait de soutenir son mémoire (et d'avoir même une bonne note !), ce n'est pas un problème si derrière une commission invalide la note, le master, la possibilité de réinscription à tout diplome, pour citer dans l'ordre croissant les réjouissances prévues par l'université... si les règles sont clairement affichées dès le départ, et qu'on fait bien comprendre que l'utilisation du logiciel anti-piratage est un jeu d'enfant et ne laisse rien passer, il devrait rester peu de gens pour tenter leur chance et le traitement de leur cas sera une formalité.

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    1. Dans la pratique la démarche semble bien trop longue et trop lourde à suivre. Pour moi, le jury doit juger le mémoire présenté et tenir compte des passages entièrement recopiés sur quelqu'un d'autre, preuves à l'appui. La note, qui doit être le reflet du travail présenté, tiendra donc compte de la tricherie.

      Et comme je n'aime pas du tout être dans des jurys et le fais par obligation pour faire fonctionner le système, si l'on désire que je réagisse autrement, 'est simple : il n'y a qu'à ne plus faire appel à moi (ouf).

      Hier j'ai participé à deux jury de master. Travail personnel et bonne présentation à l'oral. L'une des étudiantes PE, qui proposait un travail sur le cercle en cycle 3 avec Geogebra a été incapable de me donner une définition rigoureuse d'un cercle, et à répondu à ma question de savoir s'il y avait une infinité de points sur un cercle : non pas une infinité (!). La formation des enseignants du primaire n'est pas axée sur les mathématiques, et cela se sent très bien. Mais la bienveillance du jury que je présidais m'a permis de faire abstraction de ces étonnantes réponses. La candidate a obtenu un 15 à l'écrit et un 14 à l'oral.

      L'autre candidate présentait un travail personnel sur l'obésité, et a obtenu 15 à l'écrit et 15 à l'oral. Si je notais les présentations plagiées de cette manière, cela resterait un encouragement.

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    2. Ceci dit vous avez raison : il faut lancer la procédure de fraude aux examens, et passer quelques années à attendre le retour, en espérant que la candidate n'aie pas été titularisée dans l'EN entre temps grâce à son plagiat...

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  2. Oui, pour connaître d'autres expériences dans la même veine, on peut affirmer qu'il existe une quantité trop importante d'étudiants qui valident leur master MEEF premier degré et qui ne sont absolument pas en mesure d'enseigner les mathématiques. "Heureusement" le concours joue encore souvent son rôle de filtre (mais pour combien de temps encore ?). Mais c'est un autre sujet qui mériterait son propre fil...

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