Trois associations de scientifiques dénoncent enfin la très calamiteuse et trop dangereuse réforme du lycée Chatel 2010

Voici un EXCELLENT texte qui montre enfin des réactions intelligentes au sujet de l'abominable réforme 2010 du lycée qui a saboté tout l'enseignement des sciences dans notre pays pour une vingtaine d'années.

Maintenant, nos étudiants de fac de sciences ou de CPGE doivent faire des prouesses pour essayer d'obtenir un petit niveau scientifique après trois ans d'étude après le BAC, car ils ont perdu leur temps à barboter au lycée.

On ment aux élèves du lycée, on leur montre des sciences qui ne sont pas réelles, seulement dans le but de les séduire, et maintenant nous sommes dans le chaos en post bac... La réalité nous rattrape, et elle nous rattrape salement en détruisant des vocations chez NOS jeunes !

Bravo les réformes fantasques, plusieurs classes d'âge vous remercie.

Voici les meilleurs extraits d'un texte qui décrit bien l'impact de la réforme du lycée 2010 en s'intéressant au parcours scientifiques Bac‑3/Bac+3. Ce texte est signé de trois grandes associations scientifiques : l'UPS, la SFP, et l'UdPPC, est paru le 25 novembre 2015. 

On remarquera que l'APMEP n'est pas parmi les signataires, sans doute trop occupée à imaginer les problèmes didactiques qui seront occasionnés par la future introduction d'une petite lumière rouge sur les calculatrices autorisées au BAC : à chacun a ses priorités...



Extraits choisis

L'enseignement supérieur scientifique souffre actuellement d'un malentendu qu'il faut dissiper : le bac S n'est pas perçu par les élèves et leurs familles comme un bac scientifique, mais comme un bac généraliste. Pour permettre une orientation éclairée vers les formations scientifiques de l'enseignement supérieur, il faut donner dans l'enseignement secondaire une image juste et non faussée des sciences. La dernière réforme du lycée, en tentant de favoriser l'orientation vers les sciences par la séduction, a brouillé cette image et mis en danger la formation des futurs scientifiques. Une réforme se met en place au collège. Il faut, dans les trois ans qui viennent, construire une filière véritablement scientifique au lycée pour inaugurer un véritable bac-3 bac+3 dans les parcours scientifiques. 

Le bac S n'est pas perçu par les élèves et leurs familles comme un bac scientifique, mais comme un bac généraliste, celui qui ouvre le plus de portes. Sur 180000 bacheliers S, la moitié seulement se dirige vers des filières scientifiques : 35000 s'inscrivent en première année d'études de santé et 60000 s'orientent vers les autres filières scientifiques du supérieur (licences universitaires, classes préparatoires, écoles d'ingénieurs postbac, IUT et BTS).

Dans les filières scientifiques, les perspectives d'emploi sont bonnes et ça se sait, mais, hors carrières médicales, les métiers ne sont pas bien identifiés par les jeunes. Quant à l'intérêt pour les disciplines enseignées et l'autoévaluation des chances de réussite, pour que ces deux facteurs déterminants jouent correctement leur rôle dans l'orientation, il faut donner une image juste et non faussée des sciences dès l'enseignement secondaire. Depuis la dernière réforme du lycée, non seulement cette condition n'est pas réalisée, mais le passage à une logique d'orientation par la séduction a des effets délétères sur la formation

A l'occasion de cette réforme [réforme 2010 du lycée], partant du postulat que les mathématiques avaient un effet repoussoir sur les jeunes, les concepteurs des programmes de physique et chimie ont délibérément coupé les liens entre sciences physiques et mathématiques, abandonnant toute modélisation, toute mise en équations. Ces programmes n'en sont pas moins ambitieux sur le papier mais traités de façon très superficielle dans un horaire réduit. 

Parallèlement, la géométrie, parce qu'elle était jugée trop difficile, a presque complètement disparu des programmes de mathématiques, coupant ainsi encore un peu plus les ponts entre mathématiques d'une part et physique et technologie de l'autre

La formation des élèves au raisonnement a considérablement diminué, avec l'introduction d'un volume important de probabilités et statistiques sans fondements théoriques compréhensibles à ce niveau et donc limité à un empilement de « boîtes noires », de formules à apprendre et d'exercices stéréotypés

Comment le futur bachelier S peut-il se faire une idée juste des sciences enseignées dans le supérieur et de ses chances d'y réussir dans ces conditions ? Sans trop caricaturer, on pourrait dire que, jusqu'au bac, la seule activité commune aux différents enseignements scientifiques est l'utilisation d'une calculatrice.

Ces cloisonnements entre les disciplines amènent dans les premiers cycles scientifiques des jeunes qui découvrent que « faire de la physique » nécessite de manipuler des équations, de faire des raisonnements complexes, choses auxquelles ils ne se sont pas préparés. Les risques d'échec en licence et de réorientations vers des filières non scientifiques sont accrus d'autant. Inversement, des élèves qui auraient pu aimer les sciences s'en détournent alors qu'ils auraient fait de bons scientifiques. 

On comprend quel était l'objectif visé par une telle révolution pédagogique. Trop longtemps, les sciences en général et les mathématiques en particulier avaient été utilisées comme des outils de sélection. Il fallait cesser de confondre orientation et sélection. En reportant à l'enseignement supérieur la confrontation avec les difficultés de l'exercice scientifique, en choisissant des thématiques proches du quotidien des jeunes - ou du moins imaginées telles – les programmes scientifiques du lycée depuis la réforme essaient de plaire. Après l'orientation par la sélection, on tente l'orientation par la séduction. 

L'impact sur la formation des bacheliers est catastrophique pour plusieurs raisons. D'abord, les ficelles sont un peu grosses pour de nombreux jeunes - j'ai entendu un élève de terminale S parler de son livre de physique comme d'un « catalogue de jouets » - et ils sont nombreux à comprendre qu'on ne leur dit pas tout, que la réalité est plus complexe et qu'on ne veut pas leur en donner les clés. 

Ils en sont bridés dans le développement de leur autonomie, quelquefois angoissés d'avoir à assumer seuls la construction d'un édifice cohérent de connaissances à partir d'un enseignement décousu, sans liens interdisciplinaires

On les dit plus ouverts, plus curieux que leurs aînés. C'est vrai qu'ils posent beaucoup de questions, mais ils attendent des réponses immédiates et décrochent très vite quand la réponse est un peu complexe, ce qui se révèle pour eux très frustrant à la longue.  

Un autre postulat de la genèse de ces programmes est que pour que les choses plaisent, il faut qu'elles soient faciles, qu'elles n'exigent aucun effort, aucun travail. En conséquence, sauf s'ils cherchent ailleurs des stimulations intellectuelles (participation à des concours, à des jeux, des challenges etc...), les élèves n'ont pas besoin de travailler beaucoup en sciences jusqu'au baccalauréat. A leur entrée dans le supérieur, on leur demande de s'attaquer à des problèmes à un niveau non élémentaire et sans habitudes de travail installées. Quand ils y parviennent, ce qu'ils font relève de la prouesse quotidienne. Mais il n'est pas certain que ces 60000 étudiants dont nous parlons y parviendront tous, alors que des exigences plus régulièrement dosées depuis la classe de seconde les auraient placés sur une trajectoire de réussite. 

Dès lors, on peut se demander pourquoi leur épargner le moindre effort jusqu'à 18 ans pour tout d'un coup exiger qu'ils acquièrent méthodes, bases techniques, connaissances sophistiquées et compétences interdisciplinaires dès le seuil du bac franchi

Pour séduire, les programmes de lycée ont fait le choix de montrer les choses, et de les montrer sous un jour avantageux. De même, pour informer sur les métiers auxquels préparent les cursus scientifiques, on fait venir des professionnels qui parlent de leur métier, on visite des entreprises, on montre des vidéos. 

Les filières informatiques reçoivent une part de jeunes enthousiastes qui imaginent que leurs études et leur vie professionnelle seront un grand jeu vidéo qui durera toute la vie. 

On ne sait vraiment si on éprouve de l'intérêt pour les sciences et si on pourra réussir dans cette voie qu'avec une pratique des démarches scientifiques. On ne peut pas se contenter de montrer des scientifiques dans leurs laboratoires ou derrière leur ordinateur, sur des chantiers ou dans des tours de contrôle, pour favoriser une orientation éclairée des jeunes vers les formations scientifiques. Il faut faire pratiquer. Justement, les sciences offrent des possibilités de pratique à des niveaux de complexité très variés, et le plaisir pris à dominer une difficulté n'est pas proportionnel à la difficulté du problème dans l'absolu, mais bien au sentiment qu'on a franchi un cap, compris quelque chose de nouveau, su voir la simplicité d'une structure dans un amas de données complexes, su adapter des outils connus dans un contexte légèrement décalé, voire complètement nouveau. Ce sont les petites victoires qui donnent envie de s'attaquer à de nouveaux problèmes et qui font le carburant des efforts ultérieurs.  

Il est malhonnête de laisser croire à des jeunes qu'on peut faire des sciences sans effort et il est illusoire de penser qu'on peut repousser toutes les difficultés dans le post-bac

L'apprentissage des sciences est « multicouche » : les idées délicates doivent être vues et revues, sous des angles différents, avec des lectures disciplinaires différentes, à des stades de développement différents, pour être pleinement comprises. 

Notre cerveau peut traiter trois ou quatre informations en même temps ; mais s'il a travaillé avant, les informations qu'il a à traiter se regroupent en paquets d'informations organisées, et il devient capable de traiter trois ou quatre paquets d'informations ensemble. 

Que préférons-nous pour nos jeunes ? Les aider à acquérir ces automatismes qui leur permettront de dégager de l'énergie pour faire face à des situations nouvelles, à être créatifs et innovants, ou les condamner à réinventer la roue avant d'attaquer chaque nouveau problème ? 


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Le document complet est accessible ici en pdf mais aussi sur internet à cet endroit.



Combien de temps devrons-nous encore attendre pour qu'il y ait un sursaut au sujet de l'enseignement des sciences dans le secondaire ? Quand permettrons-nous à des élèves motivés d'étaler la difficulté (réelle dans l'apprentissage des sciences) en leur réservant des cursus progressifs dès la seconde du lycée ?



Commentaires

  1. Le plus stupide dans cette histoire, c'est que le fait d'utiliser les notions mathématiques en sciences physique est bien utile, à la fois pour comprendre, et pour mémoriser ces notions. L'intérêt de trouver les primitives d'une fonction est tout de suite clair avec la physique (alors qu'avec l'aire sous la courbe...). Et je ne remercierai jamais assez mon professeur de physique de maths spé pour avoir été capable de me faire comprendre les mathématiques que mon professeur de mathématiques ne savait pas transmettre.

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