Délires en maths : BAC+5, CLES2, C2i2e, TICE et algorithmique, ou comment zapper plus avec moins d'heures ?


Voici l'introduction de mon livre Délires et tendances dans l'éducation nationale, filières scientifiques en péril, pour rappeler des faits sur l'évolution de l'enseignement des mathématiques depuis 2010. 

Actuellement horaires, programmes et méthodes posent de graves problèmes pour enseigner les maths, et nos élèves ont de plus en plus de mal à les comprendre et à s'impliquer dans cette matière qui devient de plus en plus opaque et s’accommode mal du zapping et de l'éparpillement. 

Des maths diluées s'enseignent mal !

Toutes les difficultés prévisibles sur lesquelles on butte maintenant, et qui demain constitueront un mur bien difficile à traverser, ne sont pas les fruits du hasard. Nos décideurs en éducation ont tout fait depuis 30 ans pour qu'il en soit ainsi. 

On en parle peu dans les médias, et ce sont nos enfants qui écopent. Ils ne méritent pas ça !

Posons-nous les vraies questions...



DEBUT DE L'EXTRAIT


Introduction


Les horaires des matières scientifiques ne représentent plus que 35% des heures d’enseignement données en classe de première scientifique. Ce ratio était de 50% avant la réforme 2010. 

D’après Bruno Jeauffroy, président de l’union des professeurs de spéciales (UPS), en vingt ans, les enseignements scientifiques ont diminué de 20 % en volume horaire.

En mathématiques, la perte correspond à la suppression d’une année entière d’enseignement sur les sept années du secondaire (soit une année à 5 heures par semaine). Tout se passe maintenant comme si un élève sautait sa classe de seconde et passait directement de la troisième à la première.

En novembre 2010, d’éminents scientifiques font circuler une pétition où ils s’inquiètent des conséquences de la réforme des lycées sur l’avenir de notre pays. Parmi les premiers signataires se trouvent des sociétés savantes, des membres de l’académie des sciences, des prix Nobel et des médaillés Fields .

Sur le terrain, les praticiens de l’enseignement n’ont de cesse de constater que les horaires des enseignements scientifiques sont devenus largement insuffisants pour assurer des connaissances scientifiques de base sérieuses aux élèves qui sortent du secondaire, alors même que ces élèves sont censés suivre une filière scientifique.

Les horaires, les programmes et les méthodes prônés posent de graves problèmes aux élèves qui s’engagent dans la voie scientifique avec l’espoir de devenir les professeurs, les ingénieurs et les chercheurs de demain. Que sera la « relève » si l’on détruit l’enseignement des sciences ?
La dernière réforme de la formation des maîtres durcit les conditions d’inscription au concours : nécessité de présenter un diplôme en BAC+5 au lieu de BAC+3, obligation de fournir un certificat de langues CLES2 et une certification C2i2e sur les technologies de l’information. Le métier de professeur, que l’on choisit essentiellement par vocation, n’attire plus. A quoi bon travailler tant d’années pour être jeté dans l’arène sans préparation et devoir assurer plus de quarante heures par semaine pour un salaire modique ? Il y a moins d’étudiants scientifiques en faculté, mais ceux-ci se détournent de plus en plus des métiers de l’éducation et on les comprend. D’autres métiers sont plus rentables…

Les chiffres parlent d’eux même. Le nombre de présents aux épreuves écrites du CAPES de mathématiques est passé de 7969 en 1997 à 1285 en 2011, soit une chute de 84% ! Quels seront les maîtres qui enseigneront à nos enfants dans les années à venir ? Vers quels horizons allons-nous, réforme après réforme, bouleversement après bouleversement ?

Je suis un modeste enseignant de mathématiques qui chaque jour retrouve ses étudiants qui préparent le CAPES. Comme mes collègues du secondaire, je travaille avec mes élèves et je m’adapte jour après jour à tous les changements décidés par le législateur. Comme mes collègues, je continue de réfléchir et de me poser des questions sur l’avenir de l’enseignement, et celui de la transmission des savoirs mathématiques en particulier.

Dans ce livre, je voudrais proposer quelques pistes de réflexion sur l’état de l’enseignement des mathématiques et des sciences en m’intéressant principalement aux études secondaires et à la formation des professeurs. Ce travail me permettra de dresser un état des lieux en m’appuyant sur les remarques et les témoignages de ceux qui sont en première ligne dans la bataille pour l’éducation et la transmission des savoirs, ceux qui luttent chaque moment pour tirer le meilleur parti des élèves qui leur sont confiés quelles que soient les conditions imposées par le système : les enseignants du terrain.

Ceux aussi dont la parole est souvent confisquée, déformée et sous-évaluée. Un comble quand on réalise qu’il s’agit là de véritables professionnels de l’enseignement qui connaissent les élèves qui leur sont confiés et se battent pour eux, et non pas des spécialistes autoproclamés. J’ai aussi pu remarquer qu’il existait une certaine forme d’autocensure qui empêche de nombreux collègues de dire ce qu’ils constatent, quand ce n’est pas seulement l’impossibilité pratique de rendre compte par écrit de quoi que ce soit tant on est pressé de préparer ses cours et de corriger ses interminables paquets de copies.

Ce livre n’est pas politiquement correct : il propose aussi d’analyser des conceptions d’enseignement sans suivre de ligne idéologique.

Il existe des credo qui « frappent » l’enseignement et sur lesquels il n’est pas conseillé de revenir. On répète par exemple sans cesse que l’utilisation des TICE  ne peut avoir qu’un effet positif sur l’apprentissage des mathématiques. Cette opinion doit-elle être relativisée ? Existe-t-il des inconvénients à utiliser les TICE ? On répète que la meilleure façon de travailler en mathématiques consiste à toujours introduire des notions à l’aide d’activités, à expérimenter sur un ordinateur, à ne jamais servir de cours structuré, à éviter de proposer des définitions rigoureuses pour se contenter d’un « à peu près », à envisager sa progression de manière spiralée… Quand on ne déclare pas de façon péremptoire que l’on travaille mieux dans une classe à 35 que dans une classe à 20. Qui peut le croire ? Tout cela est-il raisonnable ?

Dans les pages qui suivent, je me poserai un certain nombre de questions, parmi lesquelles :

Attire-t-on les meilleurs étudiants dans le métier de professeurs ? La réforme de la formation des maîtres prépare-t-elle mieux aujourd’hui les enseignants à leur métier ?
Peut-on enseigner décemment les mathématiques aux élèves qui nous sont confiés dans le temps prévu en classe et en appliquant les méthodes demandées ?
Les nouvelles technologies apportent-elles une aide réelle dans la compréhension des mathématiques ? Est-il soutenable de leur accorder une place aussi importante alors même que l’on diminue les horaires d’enseignement des mathématiques ?
La réforme des lycées est-elle une chance pour les élèves qui désirent suivre un enseignement scientifique ? Leur permettra-t-elle d’acquérir une bonne maîtrise des sciences à la fin du secondaire pour qu’ils puissent achever leurs projets de formation dans les meilleurs délais ?

Ceci est mon premier livre qui ne disserte pas sur des thèmes mathématiques. J’ai dû l’écrire. Il y aura encore beaucoup de choses à vivre et à penser. Ce livre est un instantané. 

Vous pouvez me faire part de vos remarques et de vos expériences en me contactant par mél  : cela me permettra de continuer ce travail. 

Les mathématiques, c’est beau, c’est une forme d’art, et l’enseigner est formidable. Il suffit seulement que certaines conditions soient réunies. L’aventure continue…

Dany-Jack Mercier
Pointe-à-Pitre, le 21 mars 2012


FIN DE L'EXTRAIT


[Voici des statistiques de juin 2015 sur l'évolution des candidats au CAPES maths : la courbe remonte un tout petit peu, difficilement, et en faisant "tout" pour que ça remonte...]




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