Diminuer encore les heures de maths pour ceux qui passent le CAPES maths ?

Mais non, rassurez-vous... Il ne s'agit pas d'une nouvelle directive ministérielle, mais simplement d'une proposition qui a été faite cet après-midi dans une réunion de présentation d'un nouvel enseignement de méthodologie qui pourrait être adopté dans notre prochain master, en Guadeloupe.

Et oui, ce sont les ESPE et les facultés qui décident des contenus des masters, qui doivent ensuite être validés s'ils suivent certaines contraintes. J'ai assisté à cette réunion, et j'ai tenu à envoyer la lettre d'information suivante à mes collègues, pour préciser ma position et entamer le débat.


DEBUT

Bonjour à tous,

Pour information, j'aimerais faire le point avec tous les formateurs du parcours mathématiques au sujet de la dernière réunion sur la passeport documentaire. J'envoie aussi ce message à toutes les personnes impliquées dans ce projet, de façon a peut-être mieux expliquer le point de vue que j'ai développé pendant cette réunion du jeudi 7 mai 2015. Un point de vue qui n'a pas dû plaire, mais que je me devais de décrire.

Dans ce qui suit, je développerai seulement le cas du parcours mathématiques, il s'entend.

M. *** et Mme *** désirent que l'on place 12 hetd dans la prochaine maquette 2016-17, voire deux fois 12h, plus un contrôle terminal en décembre (!), pour apprendre la méthodologie de la recherche sur les bases de données des bibliothèques. Ils voudraient que ces heures soient placées en M1 et en M2, tout en admettant après concertation que cela pouvait se décliner différemment suivant les particularités de chaque parcours. Les responsables des parcours PE et lettres étaient très intéressés par cet enseignement. Il paraît qu'à l'université des Antilles il y a déjà un tel enseignement quels que soient les parcours, en L1, L2, L3 et jusqu'au master. Au doctorat, cela permet de mieux faire ses recherches d'article sur Elsevier en particulier, et offre un intérêt particulier. On voudrait en outre initier enseignements dès la rentrée 2015, donc en les insérant dans la maquette actuelle qui ne doit être modifiée que pour la rentrée 2016.

Pour le parcours maths, j'ai expliqué que cela ne servirait à rien pour nos étudiants de première année de master MEEF pour la préparation au concours ou au master lui-même, la première année comportant seulement deux semestres de 10 semaines réelles chacun, ce qui est très peu pour la préparation disciplinaire à l'écrit d'un concours situé le 1er et 2 avril, puis un l'oral placé à partir du 15 juin. Qui plus est, c'est un entraînement consistant sur les programmes de l'écrit du concours, allant de ceux du collège à ceux des CPGE, qui est déterminant pour être admissible. La préparation à l'oral, quant à elle, demandant de bien maîtriser de thèmes mathématiques enseignés en collège ou en lycée, mais comme le feraient des spécialistes capables de dépasser ce cadre d'enseignement. De plus, nos étudiants qui passent l'oral du CAPES ont surtout besoin d'entraînement à faire des exposés, à répondre à un jury pendant l'entretien qui peut être dévastateur, en ayant droit, pendant les 2h30 de préparation en salle, à tous leurs livres achetés dans le commerce, ce qui nous conduit à demander aux étudiants de se constituer un ensemble de manuels scolaires de la sixième à la terminale, et de travailler dessus pour leurs exposés pour enfin partir au concours avec eux dans leurs valises. Compte tenu de cette réalité du terrain, la recherche documentaire liée à la "capacité des futurs enseignants à s'inscrire dans des démarches innovantes" est nulle et non avenue.

En master 1, le temps est compté, et on est loin de demander de faire des recherches pointues en éducation en utilisant je ne sais quelles bases de données, alors que ce sont bien les apprentissages fondamentaux dont les étudiants ont le plus besoin, et qui sont loin d'être connu et opérationnels. 

A part moi, M. *** a émis quelques réserves sur cet enseignement, tout en indiquant qu'ils pourraient être intéressants pour la préparation au CAPES de sciences physiques compte tenu des récentes évolutions de cet enseignement (qui est devenu beaucoup plus « littéraire » que par le passé, pour le dire rapidement).

A la limite, dans le parcours mathématiques, un tel enseignement généraliste sur les méthodologies de recherche dans un centre de documentation pourrait être envisagé dans l'enseignement d'ossature et seulement en M2, alors que les étudiants lauréats au CAPES auraient déjà deux directions de travail incontournables : le stage en responsabilité et le mémoire de master. Les EC du parcours maths sont déjà pleinement utilisées pour aider nos étudiants à vivre leurs stages, préparer leurs mémoires et, pour ceux qui n'ont pas eu le CAPES, les aider un tant soit peu à recommencer la préparation des écrits dans des conditions difficiles. Pour moi, si un tel enseignement est imposé à tous les parcours, je demanderai qu'il soit placé uniquement en M2 et dans les matières d'ossature. Cela serait un moyen de ne pas pénaliser le travail spécifique à accomplir en didactique des mathématiques et dans la préparation des mémoires.

Le choix de placer ces enseignements en première année de master serait extrêmement préjudiciable pour nos étudiants qui courent déjà deux lièvres à la fois : un concours et un examen final dont les matières diffèrent souvent de celles du concours.

J'ai surtout écrit ce compte rendu pour informer tous les formateurs du parcours mathématiques, et je suis ouvert à toute discussion à ce sujet. Ce mot d'information doit nous permettre de réfléchir entre nous sur l'opportunité de diminuer encore la préparation disciplinaire au concours en première année de master.

Cordialement, (...)
FIN


Voici une réponse à ce texte

« J'étais à cette réunion et je n'ai pas du tout mais pas du tout compris les choses comme tu as tenu à  rendre compte à ceux qui étaient absents. Un exemple: nous avons dit que l'on pouvait rattacher le passeport documentaire à l'UEC sur « les techniques numériques et innovation pédagogique » pas en UEO. »

Ces travaux seront donc à placer dans une UEC qui existe déjà et qui a déjà été placée obligatoirement dans la maquette pour satisfaire aux besoins d’innovations pédagogiques, si essentiels quand on débute dans le métier. Voici ma réponse :  

« Une seule solution donc : placer les 3 heures de présentiel en EC 152 où actuellement c’est Mme *** qui s’occupe de l’initiation aux TICE en M1, pour 12h au total. Pour 2015-16, il faudra alors s’entendre uniquement avec elle.

Mais attention, il ne faut pas que de tels cours sur internet « mangent » trop de temps, car nos étudiants en manquent énormément pour se préparer au concours et travailler les EC du parcours maths. Ici on parle de 12 hetd pour les encadrants, et de nombreuses connexions sur telle ou telle plate-forme pour des cours en ligne, des tests d’entraînement et des QCM, et en bonus un examen final en décembre, ce qui me semble bien lourd, pesante dirait-on en Italien.

Je frémis à l’idée de continuer à voir nos étudiants être obligés de s’éparpiller ainsi, de courir dans tant de directions en si peu de temps, pour apprendre uniquement à survivre en milieu délétère. Cette multitude d’enseignements partant dans tous les sens est la meilleure façon de leur apprendre à zapper constamment, ce que tout le monde fait déjà naturellement dans la vie commune et devient inéluctablement la marque de ce siècle. »


UNE REPONSE A CET ARTICLE A NE PAS MANQUER : 


Voici une autre réponse à ce texte venant d'un enseignant-chercheur

Bonjour à toutes et à tous,

La situation étant assez particulière en maths, je me permets d'intervenir sur cette question.

J'ai consacré un chapitre de mes enseignements du troisième semestre (en M2 donc) aux publications en lien avec l'enseignement des mathématiques (des IREM, de l'APMEP, des sociétés savantes). Une 
partie sur l'étude de celles présentes à la BU (sous forme papier), une partie en salle info autour de la base de données Publimath. Notez au passage que ces publications sont encore assez peu numérisées, même si cela évolue.

Il m'avait semblé nécessaire pour les étudiants d'aborder ce sujet, à la fois pour la rédaction du mémoire et pour stimuler leur réflexion  sur les pratiques professionnelles qu'ils mettront en œuvre.

La littérature sur l'enseignement des maths est assez fournie pour faire l'objet d'un chapitre de cours à l'intérieur du parcours maths (et plutôt en M2). Il me semble qu'on perdrait du temps à dispenser un 
cours transversal sur le sujet, et je rejoins Dany-Jack là-dessus.

Le risque est à mon sens de présenter aux étudiants des bases de données trop foisonnantes et généralistes, dans lesquelles ils auront du mal à trouver un écho aux questions qu'ils se posent. A ma 
connaissance (détrompez-moi si vous avez plus d'informations) les seules publications sur l'enseignement des maths dans les bases de données de la BU sont celles de Mathematical Education de la base JSTOR. Un autre écueil est que bien peu continueront à s'inscrire à la BU et à profiter des bases de données une fois leurs études finies. Le service rendu est donc proche de zéro dans une perspective professionnelle. (...)

[Faut-il préciser que l'humble rédacteur de ce blog est absolument d'accord avec les arguments avancés par son collègue ?]





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